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Morceaux choisis


LETTRE AUX ETERNELS VOYAGEURS

Empreints de la souffrance et de la lassitude,
Condamnés à l’errance, sous tant de latitudes,


Vos visages marqués des stigmates du temps,
Implorent une paix, sans cesse, au fil des ans…

Jugements, à la hâte, trop souvent prononcés,
Votre peuple m’épate, pour ne pas renoncer …
Que d’infâmes images, avons nous donc de vous !
Que de sombres adages, on colporte partout !


Vos ancêtres ont souffert, rejetés chaque jour,
Enfermés dans les fers, maltraités, sans amour …


J’accompagne vos danses au gré de quelques rimes,
Et, lorsqu’à vous, je pense, la tristesse m’anime…


Que de mots, sur la touche, qualifient votre sort :
« Gipsy », «Gitan», «Manouche» «Rom», «Tzigane », et encore…


On vous dit : «Bohémiens », venez-vous de Bohême ?
Le voyage est sans fin, il rythme vos poèmes.

Quand vos voix font le reste, la danse me ravit,
Et les violons de l’Est, ont séduit la « Gadji ».

La musique et les mots, que j’honore et admire,
Sont l’écho de vos maux, quand il fallait partir!

Alors, vos chants voyagent, en ce monde, avec vous,
S’offrant en héritage, à des gens comme nous…

Pétales envolés par le souffle du vent,
Nous savons les voler, et les aimer souvent…

Nous imitons Django, et les violons tziganes,
Dansons le flamenco, habillées en gitanes !

Votre culture est grande; il faut la célébrer,
Nous voulons la défendre et aimons la chanter !

Alors, soyez flattés, ainsi, vous serez fiers,
De votre identité, en parcourant la Terre…

Vous vivez en chantant, caressant les chemins.
Sur le sable du temps, se croisent vos destins…


Monique RENAULT



Morceaux choisis :

Croiser la femme, celle avec qui il ferait le pas ? Elle pouvait le sauver. « Allez, viens, perle fine, nous irons. Nous irons dans ce pays que tu ignores encore mais que mes rêves non chimériques dévoileront. Nous réaliserons ensemble la traversée. Songe à l’existence douce… Notre attention commune se penchera vers le même point, dans une attitude identique, cette dernière pourtant propre à chacun. Nous tomberons en arrêt. Nous immobiliserons nos regards. Ils considèreront la proposition admirable de l’harmonie. Nous la goûterons en silence avec une émotion grande. Ce pays se composera de vents dont nous doserons le souffle, d’étendues maritimes, de montagnes qui côtoieront si évidemment la pureté éthérée… Les nuages se dessineront et nous les devinerons. Nous déjeunerons d’une fraîche nourriture, d’une onctuosité melliflue nouvelle, pour le bonheur de nos palais émouvant jusqu’aux larmes. La sveltesse de ta grâce sans pléonasme se profilera sur et entre les rochers, la rocaille. Petite caille, tu t’allongeras sur le sable, ou bien dans ces herbes dont la couleur n’appartiendra qu’à nous seuls. Nos nudités entremêlées puis délacées (il le faudra bien de temps en temps…) épouseront la chair même de la terre. Nous évoluerons parmi ses offrandes. Notre maisonnette, ma chérie ? Oh là là, des natures mortes pleines de vie ! Un ensemble boisé, des ustensiles nés entre les mains de l’artisanat : ce banc en osier, cette cruche qui comme un nid recevra notre source avant que nous l’engloutissions, notre table sur laquelle nos fruits mûrs (bien sûr…) reposeront dans une soupière, mes feuillets étalés de mon roman nouveau de tiroir (duquel - bien aimable - tu commenteras que des éditeurs pourraient y croire : « mais si ! mais si !... »). Et bien d’autres joies encore : dont ta joue savoureuse que ma tendresse embrassera, d’une bouche non belliqueuse mais pleine d’allégresse… »

David Rougerie
A paraître (janvier 2012)




Extrait de Rêve d'Enfant :

"Aujourd’hui, au bord de ma fenêtre, je souris lorsque j’entends Adèle et Mickael, deux adolescents qui entre deux bouffées de nicotine parlent de leurs prouesses, de leurs conquêtes féminines sous le préau du lycée entre leurs allégations sur l’inutilité des équations mathématiques, les intervalles et je ne sais encore. Cela me paraît si loin, ces bancs d’école où j’entendais sans écouter. Adèle a des parents stricts. Il n’a le droit qu’à une sortie par semaine, le samedi jusqu’à minuit ; celle qui obnubile ses pensées s’appelle Sophie. Sophie a une paire de « tchoutch » phénoménale, selon lui ; elle a de grands yeux noirs, une chevelure aussi longue que les jambes d’Adriana Karembeu. Adèle a de longs cheveux châtains brushés à la mode Loréal. Il porte au coin de la joue droite deux petites cicatrices, des traces d’anciens pugilats. Sa hargne est lisible sur ses bras. Ses muscles sont tendus, ses poignets sont raides, ses cuisses sont frêles. Il a un regard absorbé d’un spectre, un corps qui se balance constamment de droite à gauche. Il me rappelle Pascal, ce punk avec lequel je dormais dans les halls d’immeuble. L’œil cinglant, il me contait son vagabondage dans les rues de Berlin, d’Amsterdam. Ses combats dans les hangars. On errait dans les bars, on squattait les jardins publics. On nous scrutait, on s’en foutait. Il me surnommait « Poison », un tag que je n’ai jamais vraiment compris d’ailleurs. Le poison, c’est venimeux, intriguant, mortel. Sa gabardine sentait le poisseux des ports d’Hambourg, ses chaussures coquées étaient râpées jusqu’à ses orteils. Ses journées étaient rythmées par la mendicité, la faim et le froid. On écoutait Noir Désir, les Bérudiers noirs. Il pétait comme un zouave au nez des gens, le plat le plus carminatif était le kebab sur le bord de la Saône en train mater la lune argentée, les cimes des peupliers de l’autre côté effleurant cette capsule imperméable, lumineuse comme le halo d’un ange invisible ; on rigolait comme des fous. On était heureux, heureux simplement de se foutre des apparences, de se foutre de nous tout simplement. Notre aventure n’a duré que deux semaines, j’ai l’impression néanmoins qu’il vit encore… ce regard d’enfant. "

Aurélie Gravallon Combier
Paru septembre 2010


Art R Natif (théâtre)


Un enfant de trente ans, né américain immigré Epagneul, tient un fusil.
Un soldat de treize ans, né Phalène est mis en joue,
Le fusil sur la tempe, le chien armé,
Il reste immobile comme de faïence, le Phalène de treize ans.

L’enfant de trente ans joue, au soldat, c’est son métier.

Le soldat de treize ans n’a jamais appris à jouer
Il ne connaît que, en joue. Tiré.

Et l’enfant de trente ans, Epagneul-chasseur,  prêt à tirer pour le jeu,
Regarde les yeux de chien battu au bout de son fusil,
Regarde Phalène,
Regard de faïence,
Regard de cocker qui flaire l’odeur du sang.

Et comme à un chien de berger qui y aurait gouté,
L’enfant, soldat de métier,
Tire,  pour la postérité, la chasse de ses hauts gradés.

Et sa sale besogne terminé, il fait son rapport d’Epagneul.
Et bravo !
Et félicité !
Et… médaillé.
Et hommage des retraités de l’armée
Qui eux, ont cessé de jouer,


Et qui distribuent des sucres au bon chien Epagneul qui remue la queue,
Et s’en vont la mettre au chaud, au creux de leur bien aimé, qui voudrait bien enfanter, d’un petit chiot !!!
Le mal faisant bien sa besogne de mâle :
Le destin faisant bien les choses.
Le petit chiot est né !!
Et encore bravo !!!

Il est né…..Phalène.
Du-Frisson-De-La-Joie-De-La-Besogne-Phalène !

D’un père qui planta la fleur de son fusil bandé,
Au creux félin de sa chienne maritale.

Et dans treize ans ?
Le jeune Phalène-Du-Frisson-De-La-Joie-De-La-Besogne-Phalène ?
Que fera-t-il ?
Il jouera lui aussi au soldat de plomb ?
Aux fusils ?
Aux chiens de faïences ?
Il jouera à l’odeur du sang ?
Et au sein de la mère ?
Il jouera à la battu du Phalène, en tirant la chasse « générationnelle » de son âme humaine !


Victor Lassus
Directeur artistique de la compagnie Art R Natif


Claire Lestien

Il était beau
Elle était belle
Ils se sont enlacés, c’était tout naturel
Dans un vieil appartement style Louis XVI
Le plancher sous leurs pieds et la musique qui résonnait
Il était beau
Elle était belle
Ils se sont déshabillés, c’était tout naturel
Elle était chocolat au lait
Lui chocolat blanc
Dans la chambre en bois au fond du couloir
Ils se fondus dans le noir
Personne ne les voyait et le plancher craquait
Il était beau
Elle était belle
Ils se sont endormis, c’était tout naturel

Dans la nuit sans bruit, deux hommes se sont battus
L’un est mort d’un coup de bouteille
« Même pas alcoolique le type ! »
Une histoire de comptoir qui finit mal au détour d’un trottoir
Il était saoul
Il était bête
Il était juif
Il était nazi
Ils se sont battus, c’était tout naturel
L’un a perdu, l’autre n’a rien gagné
Deux  fenêtres au-dessus,
Sans le faire exprès
Ils se sont aimés

Elle avait l’âge où l’on n’est pas sérieux
Il était un peu plus vieux
Elle, dans la fleur de l’âge
Lui, la fleur au fusil
A cette époque où l’on marchait la peur au ventre
Ils se sont aimés
Sans le faire exprès
Elle vivait sans savoir combien de temps,
Lui vivait le moment présent,
Tous les deux se sont oubliés, dans cette chambre en bois

Elle était juive et lui, vieux soldat.

Sur le trottoir, une vie s’en allait
Dans un lit trop mou, elle s’endormait

Le temps passa pour les plus chanceux
Croyant qu’ils ne se reverraient plus,  ils se sont dit adieu
Mais quelques années plus tard, le soldat trouva au bout de son fusil
Cette même fille qui jadis auprès de lui s’était assoupie.
Le droit de mort ou de vie, une différence d’ethnie.
Et l’officier commanda : “tirez !”
La balle partie et ne revint pas
Le vieux soldat se cacha derrière son uniforme
Celui-là même qu’il avait quitté un an auparavant
Et la jeune fille mourut sans savoir combien de temps.
Son corps chancelant tomba à terre.
Il lui a fait l’amour, il lui a fait la guerre sans rien comprendre.
Elle a perdu et lui, n’a rien gagné
Tout, les séparait
Elle était juive, et lui, vieux soldat.

Claire Lestien
Actrice metteur en scène, compagnie Art R Natif




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